
Son dernier film, « Un ami extraordinaire », raconte l’histoire vraie de Fred Rogers, un présentateur de télévision américain qui, de 1968 à 2001, a animé un programme éducatif, Mister Rogers’ Neighborhood, suivi par des millions de téléspectateurs. Cette comédie de la réalisatrice Marielle Heller offre une fois encore un écrin formidable à la star de « Forrest Gump ». Inspiré d’un article rédigé en 1998 pour le magazine Esquire par Tom Junod, un journaliste visiblement en panne de communication avec le monde qui l’entoure, il narre la rencontre avec le célèbre homme médiatique. Un rendez-vous qui a profondément et durablement marqué le journaliste.
Positif et bienveillant, complètement en phase avec l’essence même de LE MAGAZINE, il nous a semblé judicieux de nous adresser à la star du film, le multioscarisé Tom Hanks. Interview.
Êtes-vous, dans la vraie vie, à l’image de Fred Rogers ?
Chaque matin, je me réveille gonflé d’optimisme, encore depuis que je suis venu à bout de ce terrible virus. Je ne me considère pas nécessairement comme un gars « gentil », je suis tout à fait capable d’être en colère, parfois même assez tranchant avec ceux qui ont cru bon de profiter de ma bonne nature. Pourtant, il est vrai que je suis plutôt sympa et ouvert. Chaque jour, mon rituel est de partager du bonheur et de ne pas passer à côté d’un bon moment. Pourquoi donc ne pas apporter un peu de joie lors d’un long voyage en avion, d’un court trajet en ascenseur ou entamer un échange sympathique autour d’un café au lait dans la file d’attente d’un Starbucks ? Pour moi, l’ordre naturel de la vie, c’est d’être positif.
Le film est inspiré d’un article rédigé en 1998 par le journaliste Tom Junod pour le « New American Heroes » d’Esquire, n’est-ce pas ?
Certains journalistes rêvent, à juste titre, d’interviewer longuement des grandes personnalités telles que Gorbatchev, Ronald Reagan ou l’ancien champion du monde des poids lourds Muhammed Ali. Tom Junod s’est simplement intéressé à un homme des médias, une personnalité entièrement dévolue à son public sur lequel il déposait un regard empreint d’infiniment d’humanité. Mais ce qu’a découvert plus tard le journaliste c’est que Fred Rogers l’avait sciemment choisi pour être son intervieweur refusant un grand nombre de plumes plus illustres. Fred savait que seul Tom Junod pouvait l’emmener dans une autre direction. Junod était un journaliste prêt à investiguer, à arpenter les plateaux de TV, à questionner les techniciens, poser les bonnes questions au moment opportun afin de déceler une éventuelle arnaque. Fred Rogers est-il réellement l’homme qu’il prétend être ? De toute évidence, cette rencontre fut décisive dans la vie et la carrière du journaliste.
Il avait compris, très rapidement, que ce cube diabolique qui allait rapidement trôner dans les salons de tous les foyers des États-Unis puis du monde entier, était destiné à transformer chaque enfant en consommateur. La télévision allait promouvoir telle marque de céréales, tel jouet, tel vêtement ou telle boisson sans tenter une seule seconde de distinguer les classes sociales. « Si tu n’achètes pas ce que nous te proposons, tu n’as pas la même valeur que ton copain. » Fred Rogers en s’adressant directement à la caméra, en parlant simplement à son jeune auditoire puis rapidement à toute la famille, a tenté de sortir de cette marchandisation en transmettant de vraies valeurs. Rogers a même écrit plus de 200 chansons pour ses émissions. Il abordait les préoccupations de son jeune auditoire telles que l’angoisse d’une séparation suite à un divorce.
Toute sa vie, Fred Rogers a eu un regard plein de considération pour les plus démunis, n’hésitant jamais à promouvoir l’entraide.
Il a toujours dit qu’il était de son devoir de se préoccuper de la communauté, qu’il faut toujours aider ceux qui ont été touchés, exposés, traumatisés par une tragédie. Ainsi, il y a de l’espoir pour tous afin de permettre à l’humain de continuer à avancer. Fred Rogers a été exemplaire toute sa vie durant.
« A Beautiful Day in The Neighborhood » (« Un ami extraordinaire ») de Marielle Heller.
